Elephant Man image mise en avant

Critique Rétro : « Elephant Man » de David Lynch

Tous les vendredis, retrouvez la Critique Rétro dans laquelle on se penche sur un film qui a influencé la pop-culture ! 

Sorti en 1980, « Elephant Man » est un film réalisé par David Lynch avec Anthony Hopkins, John Hurt, Freddie Jones, John Gieglud, Wendy Hiller et Anne Bancroft. Le long-métrage est une adaptation des mémoires de Frederik Treves, le médecin qui a pris en charge Joseph Merrick surnommé « l’Elephant Man ». L’intrigue débute alors que Bytes exploite John Merrick (son véritable nom était Joseph, John étant une dénomination erronée des mémoires de Treves) en faisant de lui un phénomène de cirque. Le docteur Treves, intrigué par les anomalies génétiques de John décide alors de l’emmener à l’hôpital afin de l’étudier. Rapidement, il se prend d’affection pour lui et décide de faire en sorte que John ait une vie normale. Cependant, sa tâche ne sera pas simple face au public qui le considère comme un monstre, Bytes qui veut le récupérer pour le cirque, et Jim, le portier de nuit de l’hôpital qui profite l’avantage de son poste pour exposer John contre de l’argent. 

Le succès au box-office du film de David Lynch est relativement modeste du fait qu’il n’ait pas connu une sortie mondiale. Pour exemple, « Elephant Man » n’est pas sorti en Italie ou en Espagne. Avec un budget de 5 millions de dollars, il en engrange 26 millions aux États-Unis. La France est le pays où il obtient son plus grand succès après les USA en attirant un peu plus de 2 millions de spectateurs. Au-delà de son faible succès commercial, bien qu’en terme de budget la rentabilité du film est évaluée à 520%, « Elephant Man » est unanimement salué par les critiques comme un chef-d’œuvre. Le métrage est ainsi 8 fois nommé aux Oscars. S’il repartira bredouille de la cérémonie, il obtient tout de même d’autres récompenses, comme celle du César du meilleur film étranger mais aussi 3 British Academy Film Award avec meilleur film, meilleur décor et meilleur acteur pour John Hurt. Alors qu’a pensé la Chronique Express du film ? Voici la critique « d’Elephant Man » ! 

Image de John Hurt qui incarne John Merrick alias l'Elephant Man dans le film "Elephant Man" de David Lynch.
John Merrick (John Hurt) surnommé l’Elephant Man.

Qui est le véritable monstre ? 

« Elephant Man » est certes une adaptation des mémoires de Frederik Treves, mais il est surtout un formidable hommage au film « Freaks » de Tod Browning sorti en 1932. Ce dernier racontait l’histoire de plusieurs personnages victime de malformation qui étaient exhibés en tant que phénomènes de foire dans un cirque. Le long-métrage de David Lynch reprend cette thématique en l’exploitant encore plus profondément. Contrairement à « Freaks », « Elephant Man » ne se déroule que très peu dans le monde du cirque à part la première séquence et une autre à la fin. La plupart du métrage se passe dans l’hôpital où John est recueilli par le Docteur Treves. L’aspect « phénomène de foire » est moins présent que dans « Freaks » tout simplement parce que l’important était de mettre en évidence l’humanité de John pour mieux mettre en évidence la monstruosité des gens normaux. « Elephant Man » pourrait se résumer en une phrase, celle que prononce John à l’adresse du Docteur Treves : « Les gens sont effrayés par ce qu’ils ne comprennent pas ». 

John Merrick est l’incarnation de la différence. Sa prétendue monstruosité n’a d’égal que son humanité et sa bonté. À côté de cela, les gens normaux le voient comme une bête sauvage, une créature dont les enfants se moquent, les adultes payent pour le voir et se divertir, les bourgeois se l’arrachent pour impressionner leurs amis des hautes sphères. Que ce soit dans un cirque ou dans sa chambre d’hôpital, John est constamment exhibé. Seule l’actrice de théâtre Madge Kental et la femme Mrs.Treves semble le voir comme il est. Même le Docteur Treves, qui deviendra son meilleur ami, se remet en question pour savoir s’il ne l’a pas un peu trop exhibé aux yeux de la communauté scientifique et des hautes sphères. Au-moment où il exprime ses regrets à John, ce dernier répond avec une des phrases les plus bouleversantes du film : « N’ayez pas de regret. Ma vie est combleé par ce que je sais que je suis aimé ». 

Finalement qui est le véritable monstre ? Il s’agit incontestablement de Bytes, un affreux personnage alcoolique qui bat John dès qu’il le peut, l’appelant « mon trésor » d’une façon que ne renierait pas Gollum ou « mon gagne-pain ». Le monstre, c’est aussi Jim, le portier de nuit, qui fait payer des gens pour qu’ils accèdent à la chambre d’hôpital de John. La séquence où John se fait brutaliser, saouler et presque violer par Jim, un homme et des prostitués est terrifiante dans le sens où l’homme retourne à un état primitif monstrueux face à quelque chose qu’il ne comprend pas. Alors qu’il est de nouveau fait prisonnier par Bytes, John se retrouve en cage à côté de singes, l’affront suprême. Dans un ultime hommage à « Freaks », John sera libéré par une troupe de cirque composé de nains et d’un homme ressemblant étrangement à un lion. Le véritable monstre, c’est celui qui rejette ce qui est différent de lui. 

Image de Freddie Jones en tant que Bytes et John Hurt en tant que John Merrick l'Elephant Man dans le film "Elephant Man".
Bytes, l’un des tortionnaires de John Merrick

Le chef d’œuvre de David Lynch

Avec « Elephant Man », David Lynch signe le chef-d’œuvre de sa filmographie, un long-métrage culte dans l’histoire du cinéma. Porté par le duo exceptionnel que forme Anthony Hopkins (le Docteur Treves) et l’incroyable John Hurt (John Merrick), qui a peut-être là le rôle de sa vie, le film est bouleversant, et on ne peut que s’émouvoir devant les paroles de John Merrick qui parvient à rester bon contre tant de cruauté. Face aux atrocités qu’il subit, il se contente de répondre que « les gens sont effrayés par ce qu’ils ne comprennent pas ». Face aux cadeaux de ses amis, il s’agenouille presque tellement il est reconnaissant. Il pleure lorsque le directeur de l’hôpital Carr Gromm et le Docteur Treves lui offrent un nécessaire de toilette. Il pleure d’autant plus lorsque Madge Kendal lui dit après une récitation en duo de « Romeo et Juliette » que ce n’est pas un monstre, mais un Romeo. Comment ne pas être bouleversé par son histoire, à l’image de Mrs.Treves, qui ne peut s’empêcher de fondre en larmes lorsque John raconte son passé, et face à la gentillesse de son hôte, déclare : « Je n’ai jamais été aussi bien traité par une si belle femme ». Malgré son aspect tragique « Elephant Man » est un très beau film qui est une ode à la différence en même tant qu’une critique acerbe de ceux qui la rejettent. John Merrick est le plus humain parmi les hommes, il ne souhaitait qu’être l’un d’entre eux. Comblé par ce qu’il a trouvé l’amour de quelques proches, il décide alors de se coucher comme n’importe qui, allongé, ce qui cause sa mort, sa malformation crânienne l’empêchant de le faire. Pendant cette séquence finale, les mots qu’il hurle dans le métro londonien poursuivi par la foule résonnent alors dans tous les esprits : « Je  ne suis pas un éléphant ! Je ne suis pas un animal ! Je suis un être humain ! Je…suis…un…homme ! ».

Conclusion : 

« Elephant Man » apporte un formidable message de tolérance devant l’émotion que l’on a en découvrant la vie de John Merrick. Le long-métrage est à ranger parmi les films cultes du septième art, que tout le monde devrait voir.  Cependant, le film est dur et reste très noir puisque bien qu’il soit à la fin accepté et aimé, John finit par se suicider. C’est aussi la mise en forme d’un paradoxe de l’être humain, qui s’émeut sans problème avec l’anthropomorphise de King Kong, mais qui est dérangée face à l’apparence difforme de John Merrick. Les derniers mots sont pour David Lynch qui est certainement celui qui en parle le mieux.

 « On ne voit vraiment John Merrick que lorsqu’on a eu le temps de s’attacher à lui. Il fallait arriver à dépasser les apparences, car c’est là le problème de fond, cette distorsion entre l’apparence et la réalité. Et il est à double sens, parce que si l’enveloppe monstrueuse de John Merrick dissimule un cœur magnifique de noblesse et de pureté, l’aspect le plus avenant de ceux qui l’entourent – et de nous tous – ne cache-t-il pas souvent beaucoup de noirceur et de bassesse ? Il y a une fascination du monstre qui est en elle-même une monstruosité.» (Entretien avec Marie-Noëlle Tranchant pour “ Le Figaro ” du 6 avril 1981)

Retrouvez la bande-annonce du film ci-dessous :

F.M

Et vous qu’avez vous pensé du film ? Dites-le nous dans les commentaires !

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