Critique Rétro : « 1001 Pattes » de John Lasseter et Andrew Stanton

En 1998, le cinéma d’animation est dominé sans partage par Disney. Quelques années plus tôt, en 1993, la Fox a créé son propre studio d’animation avec Fox Animations Studios, seulement, les succès sont très modestes. Il faut attendre « Anastasia » en 1997 pour avoir le premier vrai succès du studio. C’est dans ce contexte que deux des plus grands studios d’animation connu à ce jour vont naître, Pixar et DreamWorks. Pour le premier, le succès est immédiat avec « Toy Story » en 1995. Le premier long-métrage de DreamWorks est « Fourmiz » en 1998. Coïncidence où pas, un mois plus tard sort « 1001 Pattes » un autre film sur les fourmis, de Pixar cette fois-ci. Les deux films ont été logiquement mis en concurrence. Aujourd’hui nous nous intéressons à « 1001 Pattes ». 

Le film réalisé par John Lasseter et Andrew Stanton avec les voix de Dave Foley, Kevin Spacey, Julia Louis-Dreyfus et Hayden Panettiere. L’intrigue retrace l’aventure de Flik, une fourmi un peu maladroite mais ingénieuse. Flik ruine la récolte de la saison qui devait servir d’offrande aux sauterelles. Hopper, le chef de celles-ci, laisse une dernière chance aux fourmis. Elles devront récolter le double de l’offrande habituelle avant la fin de l’automne. La tâche paraît impossible. Flik propose donc de se rendre en ville, afin de chercher des insectes qui pourront se battre contre les sauterelles. Il trouve un groupe d’acteurs de cirque raté qu’il prend pour des guerriers. Il les engage alors pour combattre les sauterelles. 

Contrairement à « Toy Story », Pixar n’obtient aucune distinction particulière pour « 1001 Pattes ». Le film est toutefois un grand succès commercial, il rapporte 363 millions de dollars au box-office mondial et attire plus de 3 millions de spectateurs en France. Un score supérieur à celui de « Toy Story » (360 millions de recette). À titre de comparaison, « Fourmiz » de DreamWorks fait beaucoup moins bien avec « seulement » 173 millions de dollars de recette dans le monde. Alors qu’a pensé la Chronique Express du film ? Voici la critique de « 1001 Pattes » ! 

Un fourmillement d’idée

Au premier abord, on pourrait se dire qu’il est difficile de se prendre d’affection pour des personnages qui sont des insectes. Mais c’est mal connaître John Lasseter. S’il a réussi, trois ans auparavant, à nous faire craquer pour des jouets avec « Toy Story », il peut bien le faire pour des insectes. À ce niveau-là, c’est une vraie réussite. Chaque insecte possède sa propre personnalité, ses forces et ses faiblesses, ses objectifs et ses doutes. Heimlich, grosse chenille, rêve de devenir un beau papillon, Fil le phasme, pense être le plus insignifiant de la bande, celui que l’on ne remarque pas sauf lorsqu’il fait le clown, tandis que Marcel est une coccinelle mâle que tout le monde prend pour une femme et qui a du mal à assumer sa féminité. Ce dernier est d’ailleurs un sujet intéressant et plutôt actuel. Il pourrait en effet être considéré comme un personnage LGBT. Cependant je doute fort qu’en 1998 les scénaristes avaient ce sujet en tête. Disons qu’indépendamment de la volonté de ses créateurs, Marcel pourrait être un personnage avant-gardiste. 

La thématique globale du métrage, c’est que même les plus petits peuvent renverser les plus grands. C’est ce que dit entre les lignes le personnage d’Hopper, le chef des sauterelles. Il craint que les fourmis ne se rendent compte qu’elles sont beaucoup plus nombreuses qu’eux et qu’il suffit qu’une seule se révolte pour que les sauterelles ne fassent plus le poids. Lors de son discours face aux fourmis, Hopper déclare que « les idées sont dangereuses », que les fourmis ne sont pas faites pour penser mais pour servir. Pour asservir le peuple, rien de mieux que de l’empêcher de pensée, car la pensée mène à la révolte. Un parallèle que l’on peut faire très facilement avec les sociétés totalitaires. La révolte vient du personnage de Flik, une fourmi ingénieuse mais maladroite. Flik est rejeté par sa communauté parce qu’il est différent, parce qu’il pense. Son personnage symbolise le fait que c’est l’affirmation de la différence de chacun qui fait la force d’une société. 

Hopper la sauterelle dictateur

Un humour bienvenu

« 1001 Pattes » est avant tout un film familial. La plupart des gags et des comiques de situation devraient plaire au jeune public, tandis que les adultes pourront voir une autre lecture comme celle détaillée précédemment. Mais l’humour du métrage n’est pas qu’enfantin. Certains jeux de mots prononcés par des insectes font leur effet comme « c’est la fin des asticots»  ou  «Je fonds en larves ». « 1001 Pattes » est aussi une immense parodie, avec d’excellents dialogues. Le film prend plaisir à rire du cliché des artistes ratés, en l’occurrence ici d’une troupe de cirque. Le métrage se moque de lui-même, comme cette scène pendant le happy-end où la puce, en observant les fourmis sauter de joie et la romance naissance entre Flik et la nouvelle reine Atta, déclare : « C’est un peu trop à l’eau de rose ». L’humour se poursuit jusque dans le générique de fin, conçu comme un bêtisier qui fait passer les insectes pour des véritables acteurs en montrant des prises ratées. On peut citer Atta qui explose de rire devant les menaces d’Hopper ou encore Flik qui avant de s’envoler grâce à une tige de pissenlit change son texte en déclarant « Vers l’infini et au-delà » en référence à « Toy Story« . 

Techniquement novateur

Si vous regardez « 1001 Pattes » aujourd’hui en DVD ou sur une plateforme de streaming, il y a de fortes chances que vous tombiez sur la version remasterisée, qui n’a rien à envier aux récents films d’animation. Si la version originale n’a pas très bien vieilli, elle était tout de même très novatrice pour l’époque. Le film a été tourné entièrement en images de synthèse et a mis au point un système de jeu d’ombres et de lumières particulièrement réussi. Un système paradoxalement plus admirable dans sa version originale que dans sa version remasterisée, trop coloré pour voir les innovations de l’époque, même si en revanche, les couleurs rejaillissent encore mieux.

Flik et Atta

Conclusion :

La fin du 20ème siècle marque un tournant majeur dans l’histoire du film d’animation. C’est la fin de l’hégémonie de Walt Disney Studio. Pixar et DreamWorks vont enclencher un cercle vertueux qui débouchera quelques années plus tard sur d’immenses succès et franchises, comme « Le Monde de Némo » ou encore  « L’Âge de glace » pour ne citer qu’eux. Mais avant ces succès, il fallait bien commencer par quelque chose et en ce sens, « 1001 Pattes » fait figure de véritable précurseur

Retrouvez la bande-annonce (version non remasterisé) ci-dessous.

F.M

Et vous qu’avez vous pensé du film ? Dites-le nous dans les commentaires !

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