Chronique Express : « Les Misérables », marquant et puissant

« Les Misérables » est réalisé par Ladj Ly, avec au casting Damien Bonnard, Alexis Manenti, Djebril Didier Zonga, Steve Tientcheu, Issa Perica et Al-Hassan Ly. Le métrage raconte l’histoire de trois brigadiers de la section anti-criminalité, Stéphane qui vient de débarquer de Cherbourg ainsi que Chris et « Gwada » deux brigadiers de métiers. Stéphane va rapidement découvrir les tensions entre les différents groupes du quartier de Montfermeil dans le 93. Alors qu’ils se retrouvent débordés à la suite d’une interpellation, « Gwada » tire à bout portant avec un flash-ball sur le visage d’Issa un jeune du quartier. Ce que les brigadiers ne savent pas, c’est qu’ils sont filmés par un drone. Cet événement va décupler les tensions et mettre le feu au quartier. 

Un réalisme puissant et effrayant

De base, Ladj Ly vient du collectif Kourtrajmé et s’est surtout démarqué par des documentaires qui parlent de la révolte de la banlieue, posant la plupart du temps sa caméra dans son quartier de Montfermeil. « Les Misérables » est la suite d’un court-métrage que le réalisateur avait fait en 2018 qui avait reçu le César du meilleur court-métrage. La suite est également couronnée de succès puisque qu’elle a reçu le prix du jury du Festival de Cannes cette année et représentera la France pour les Oscars 2020.

« Les Misérables » n’est pas un film sur la banlieue rempli de clichés fait par quelqu’un qui n’a pas vécu dans les quartiers. Comme dit ci-dessus, Ladj Ly vient lui-même de Montfermeil et on le sent dès les premières images. Le réalisme du long-métrage est sa principale force, et c’est ce qui fait peur. Car « Les Misérables » est particulièrement dramatique. Il retrace formidablement les tensions qu’il peut y avoir dans des quartiers laissés à l’abandon par les politiques et accomplit par la même occasion le pourquoi il a été fait : choquer. Le film ne choque pas pour choquer mais dans un but bien précis : faire en sorte qu’il y ait une prise de conscience sur l’état actuel des banlieues. Je ne sais pas si le film rencontrera un grand succès au box-office (il connaît pour l’instant un bon démarrage avec 2 384 entrées à Paris pour le premier jour et les premières séances), mais ce qui est certain, c’est qu’il ne laissera pas de marbre les spectateurs qui se déplaceront. 

Le cri de la banlieue

Le film est marquant pour plusieurs raisons. Tout d’abord l’histoire, puissante car ce n’est pas vraiment une fiction mais une réalité. Lady Ly ne prend pas partie pour un camp. La police n’est ni montrée comme brutale et pourrie ni comme héroïque, tout comme les habitants du quartier, qui sont présentés ni comme des coupables, ni comme des victimes. Bien sûr la situation décrite dans le film n’est pas due à ses habitants, mais à ceux qui l’ont laissé à l’abandon. Cependant, Ladj Ly ne dédouane pas non plus les responsabilités des habitants dans les actions, pas toujours productives, qu’ils utilisent pour se faire entendre. 

Les jeunes du quartier sont montrés tels qu’ils sont, des enfants complètement délaissés dans un environnement qui ne sied pas à leur épanouissement. Les « anciens » ne parviennent pas à raisonner les plus jeunes. En ce sens, le film symbolise l’échec de la parole des adultes face à des adolescents qui ont trop souvent entendu des beaux discours qui n’ont jamais abouti sur des actes. La police elle est dépeinte à travers les personnages de Chris et « Gwada ». Les deux brigadiers n’hésitent pas à utiliser des méthodes extrêmes pour se faire respecter, cependant comme leur fait remarque Stéphane, il ne s’agit pas de respect mais de peur. Ce dernier débarque de Cherbourg afin de se rapprocher de son fils. Il tente vainement d’adopter une démarche plus humaniste dans son approche des interventions, mais se heurte aux agissements de ses collègues qui à force d’être trop extrême finissent par perdre leur sang-froid. 

Ce qui fait aussi la force du film, c’est le talent du casting. À aucun moment je n’ai vraiment eu l’impression d’avoir une fiction en face de moi. Les acteurs incarnent leur rôle d’une manière très naturel qui symbolise bien le talent de documentaliste de Ladj Ly. C’est son expérience dans ce domaine qui rend le métrage si réaliste et qui permet au casting d’être totalement en phase avec les personnages. J’ai particulièrement apprécié Alexis Manenti dans le rôle de Chris qui alterne avec brio les scènes humoristiques et celles dramatiques, à travers un personnage tout d’abord assez drôle puis très détestable. 

Conclusion :

On a beaucoup parlé de film comme « Joker » ou encore « La Vie Scolaire » dernièrement. Cependant, « Les Misérables » est sans conteste le film le plus puissant et marquant que l’on ait vu depuis la rentrée, peut-être même de l’année 2019. Au-delà de son aspect cinématographique, il est immanquable de part ce qu’il revendique, et le cri qu’il incarne, celui de la banlieue. 

Retrouvez la bande-annonce ci-dessous :

F.M

Et vous qu’avez-vous pensé du film ? Dites-le nous dans les commentaires !

6 réflexions sur “Chronique Express : « Les Misérables », marquant et puissant

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