Critique Rétro : « Shining » de Stanley Kubrick

Tous les vendredis, retrouvez la Critique Rétro dans laquelle on se penche sur un film qui a influencé la pop-culture ! À l’occasion de la sortie de « Doctor Sleep » la Chronique Express revient sur « Shining » !

Sorti en 1980, « Shining » est un film réalisé par Stanley Kubrick avec Jack Nicholson, Shelley Duvall, Danny Llyod et Scatman Crother. Le long-métrage retrace l’histoire de la famille Torrance, qui s’exile dans l’hôtel Overlook pendant tout l’hiver, afin que le père, Jack Torrance retrouve de l’inspiration pour l’écriture de son prochain roman. Le fils Danny possède des dons de médiums et va être de plus en plus troublé par les secrets terrifiants que cache l’hôtel, qui va rendre complètement fou son père. « Shining » est peut-être le film le plus culte de Stanley Kubirck avec « Orange Mécanique » et « 2001 Odyssée de l’Espace ».  Cependant, le long-métrage ne fait pas soulever les foules lors de sa sortie. Très critiqué, il n’obtiendra aucune distinction particulière. Aujourd’hui, il est considéré comme un des plus grands, voir le plus grand film d’horreur de tous les temps. La chaine Channel 4 le classe d’ailleurs film le plus effrayant de tous les temps. 

Le premier plan du film donne l’ambiance. Un plan d’ensemble sur une route avec la voiture de Jack Torrance qui se dirige vers l’hôtel Overlook. Ce dernier est sublimé par l’exceptionnelle musique de Wendy Carlos d’après la symphonie fantastique de Berlioz. La musique est un élément extrêmement important dans « Shining », c’est elle qui donne quasiment l’ensemble de la tension et de l’angoisse du métrage. Dès le plan d’ouverture, on sait que le film va être terrifiant. « Shining » ne possède pas beaucoup d’images effrayantes, c’est la musique qui créée ou amplifie la peur sur la plupart des séquences. Les plans où l’on suit le petit Danny qui pilote sa petite voiture en sont le parfait exemple. La musique créée une scène angoissante où l’on est persuadé qu’il va se passer quelque chose qui n’arrive pas, du moins au début. Tout est dans la suggestion, et c’est précisément ce qui fait de « Shining » un long-métrage terrorisant.

La suggestion, c’est sur ce point précis que doit reposer le cinéma d’horreur. Au-delà de proposer une suite d’images sanglantes et gores qui à force, deviennent plus absurdes qu’effrayantes, l’angoisse créée par une situation où l’on ne sait pas ce qu’il s’il va se passer est sans égal. Sur ce point précis, « Shining » est maître dans le domaine. La scène où Jack part vérifier s’il y a vraiment quelqu’un dans la chambre 237 est terrifiante. Le personnage s’approche lentement de la chambre, y entre, puis se dirige vers la salle de bain. Il ouvre lentement la porte et l’on se prend à vouloir lui crier de ne pas le faire. Finalement, il entre et découvre une jeune femme nue. Alors que la tension retombe, la jeune femme se transforme finalement en vieille en décomposition hilare. Kubrick joue avec la psychologie du spectateur tout en faisant preuve d’une maitrise technique extraordinaire.

Si « Shining » est aussi oppressant, c’est parce que la géométrie des plans de Stanley Kubrick est très carrée. Les scènes se déroulent très souvent en intérieur entre 4 murs dont on peut parfaitement voir les traits. Cette géométrie produit une sensation oppressante, étouffante qui donne au spectateur l’impression d’être enfermé en compagnie de Danny et Wendy dans le terrible Overlook. Même les plans larges sont oppressants comme ceux dans le salon où Jack tente d’écrire son roman. La salle a beau être grande, le maléfice de l’Overlook semble ne jamais vouloir nous laisser respirer. 

L’Overlook justement, parlons-en. L’hôtel est un endroit où le cadre spatio-temporel est complètement à part. Ici, le passé surgit pour se mêler au présent. Outre les fantômes que voit Danny, il y a ceux de Jack Torrance. Le barman qui apparaît devant lui pour lui servir de l’alcool en est un. Symboliquement il plonge Jack dans son propre passé qu’il tentait d’oublier, un passé d’alcoolique. Il va finalement y céder, et ce faisant, il succombe aux attraits maléfiques de l’hôtel qui ont désormais un total contrôle sur lui. C’est d’ailleurs juste après qu’un nouveau fantôme se manifeste, celui de Delbert Grady, l’homme qui avait auparavant tué ses deux filles et sa femme. Il enjoint Jack à faire de même en assassinant sa famille. L’hôtel n’est pas un simple lieu hanté, c’est un personnage à part. 

Contrairement à « Doctor Sleep » (lire la critique du film à ce lien) « Shining » laisse l’ambiguïté au spectateur de croire ou non dans les visions de Danny et Jack. Il y a en fait deux histoires possibles. L’une où les fantômes existent, l’autre où Danny s’invente un personnage imaginaire pour le protéger de ses frayeurs nocturnes et de ses hallucinations face au couple de ses parents qui bat de l’aile, suite à l’agression de Jack sur Danny quelques mois auparavant à cause de l’alcool. Les fantômes de Jack eux, seraient causés par le manque d’alcool doublé d’une psychose. Quelle que soit la véritable histoire, on ne peut toutefois pas nier le caractère malfaisant de l’hôtel, puisqu’il n’y a pas de fantôme à l’extérieur ou dans le labyrinthe. Si l’on considère « Doctor Sleep » et l’œuvre de Stephen King, alors les fantômes de « Shining » sont vrais. Si l’on considère « Shining » de Stanley Kubrick comme une œuvre à part, l’ambiguïté est clairement permise. 

On ne pouvait pas faire une rétrospective sur Shining sans parler de Jack Nicholson. L’acteur est parfait dans le rôle de Jack Torrance et signe une des plus belles performances de l’histoire du cinéma. Aujourd’hui encore, la course-poursuite avec son fils et sa femme reste légendaire. Les plans où il fracasse les deux portes et s’exclame « Wendy, I’m Home » puis « Here’s Johnny ! » en passant la tête par l’ouverture qu’il vient de créer sont gravés à jamais dans l’histoire du cinéma. Au-delà de cette séquence, c’est durant l’ensemble du film que Jack Nicholson est exceptionnel. Pendant toute une partie du métrage, il arrive incroyablement à créer la suspicion autour de son personnage, par des expressions de visage effrayantes, ou encore une diction très particulière. Un modèle d’inspiration pour tous les acteurs du monde. 

« Shining » est ce que doit être le cinéma d’horreur. La suggestion par la musique et les sons, une réalisation époustouflante et étouffante dû au génie de Stanley Kubrick, sublimé par un Jack Nicholson magistrale, presque en transe. Un film culte parmi les plus cultes, un monument. « Shining » fait définitivement partie du patrimoine du septième art.

Retrouvez la bande-annonce ci-dessous.

F.M

Et vous qu’avez-vous pensé du film ? Dites-le nous dans les commentaires !

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